Vous venez d’apprendre que votre enfant est victime de harcèlement scolaire. Une fois le choc encaissé, vous reprenez vos esprits et décidez d’agir pour soutenir votre enfant. Immédiatement, des questions arrivent en masse dans votre esprit : dois-je aller voir les parents des enfants harceleurs ? dois-je en parler au maître ou à la maîtresse de mon enfant? Et si j’empirais les choses en faisant cela ? Oui, mais si je ne fais rien, mon enfant risque de penser que je ne le crois pas. Et s’il fuguait ? Et pire, s’il mettait fin à ses jours comme de nombreux jeunes, victimes eux aussi de harcèlement scolaire ?

STOP ! Prenez une grande respiration (en faisant gonfler votre ventre), installez-vous dans un endroit calme et prenez connaissance de cet article qui va vous aider à y voir beaucoup plus clair.
Tout d’abord, je voudrais vous dire à quel point je vous trouve génial(e).
Oui, vous êtes extraordinaire, vous avez bien lu. Pourquoi ? Parce que votre enfant a besoin de vous et vous cherchez une solution.
De plus, vous vous questionnez car vous sentez bien que vos émotions à l’intérieur de vous sont intenses et vous ne voudriez pas commettre d’impairs. Vous avez tout à fait raison.
Ensuite, je voudrais attirer votre attention sur le point positif de cette situation délicate : votre enfant vous a parlé. Vous êtes au courant de ce qu’il vit depuis plusieurs semaines. Vous allez pouvoir l’accompagner à se sortir de tout cela.
Je m’engage, dans cet article, à vous donner 3 étapes à suivre pour vous assurer de commettre le moins d’impairs possibles (après, nous ne sommes tous que des êtres humains et personne n’est parfait !)
Ces bases posées, j’espère que vous vous sentez un peu plus calme qu’au début de la lecture de cet article. Si ce n’est pas le cas, prenez encore plusieurs grandes respirations et revenez aux sensations de votre corps. Que ressentez-vous ? Où ?
Voici les 3 étapes à suivre pour accompagner au mieux votre enfant victime de harcèlement scolaire à en sortir.
ETAPE 1 : Reprenez vos esprits avant de vous précipiter sur les parents des harceleurs et l’enseignant de votre enfant
Lorsque notre enfant nous raconte, en larmes, ce qu’il a vécu, nous avons souvent du mal à le croire tellement nous habitons dans un autre monde. Et pourtant…
En entendant l’humiliation subie par notre enfant, nous sentons tous nos fibres de parents se durcir et nous sentons la colère monter en nous. Quoi de plus légitime, notre besoin de bien-être de nos enfants n’étant pas respecté.
Si nous nous écoutions, mu(e) par cette émotion, nous irions de suite rencontrer les parents du ou des harceleurs pour leur dire leurs 4 vérités (pas discuter, n'est-ce pas, soyons bien clairs) et nous irions demander des comptes à l’instituteur qui n’a rien vu.
Cette réaction complètement humaine n’est pas à suivre. Agir dans la précipitation quand on n’est pas obligé de le faire par les circonstances, n’a jamais été productif.
Quel serait le premier inconvénient d’agir ainsi selon vous ?
Oui, bien sûr, aborder des personnes en étant énervé(e) à leur encontre n’est pas la meilleure façon de créer de vrais échanges mais ce n’est pas cela que j’ai en tête.
Le premier désastre engendré par ce genre de réaction de votre part sera, peut-être, de faire en sorte que votre enfant ne vous dira plus jamais rien.
Imaginez que vous ayez un lourd secret qui vous pèse. Vous voudriez en parler car cela vous ferait du bien mais vous savez qu’il risque d’y avoir des conséquences alors vous hésitez. Un jour pourtant, le poids de ce secret étant si lourd, vous décidez de parler et là, vous voyez que tout part en vrille…
Vous voyez où je veux en venir ? Votre enfant subit des actes d’intimidation depuis plusieurs jours, peut-être même semaines puisque l’on parle de harcèlement entre pairs. Chaque jour, il a peur, il ne sait pas ce qui va lui arriver aujourd’hui mais il sait qu’ils essayeront de l’humilier à nouveau. Il doit faire bonne figure car il ne veut pas que vous sachiez pour ne pas vous inquiéter. Mais un jour c’est trop (par chance, j’ai envie de dire) et là, il vous dit tout. Si suite à cela, vous, vous prenez votre voiture et allez voir les parents des harceleurs ou faites un mail incendiaire à l’instituteur de votre enfant, rien qu’en voyant votre tempête émotionnelle, votre enfant risque de regretter et de ne plus jamais rien dire, quel que soit le domaine.
Je sais, je vous mets un peu la pression mais en sachant, on agit toujours différemment, il n’en tient qu’à nous. Etant moi-même très impulsive, j’ai trouvé une technique pour tempérer cela. Je me laisse une nuit avant de répondre à quelque chose qui ne m’a pas plu. Cela me laisse déjà le temps de redescendre dans mes émotions et de pouvoir à nouveau raisonner.
Vous l’avez compris, ce qui est difficile dans ce genre de situation, c’est déjà d’accueillir au mieux ses propres émotions de manière à pouvoir accompagner, de la meilleure manière possible, son enfant à accueillir les siennes. A cette fin, je vous conseille de vous accorder des temps rien que pour vous où vous ferez des activités qui vous changent les idées, qui vous ressourcent. Si vous vous imposez de ne penser qu’à votre enfant car c’est lui qui vit une situation difficile et de ne vous écouter qu’ensuite, vous risquez de devenir irritable très facilement ce qui sera vraiment contre-productif.
Il y a un lien très fort entre les parents et un enfant. L’enfant préférera se détruire plutôt que de "faire du mal" à son parent. C’est pour cela que dans le cadre de mon accompagnement, je propose, aux familles qui le souhaitent d’œuvrer avec l’enfant et l’un au moins des 2 parents car pour "assurer" auprès de son enfant, il est important que le parent ait déjà pris soin de lui.
Etape 2 : Etablissez une liste chronologique des faits subis par votre enfant
Pourquoi est-ce que je vous conseille cela ?
Une fois que vous serez certain(e) de pouvoir contacter l’enseignant de votre enfant en lui laissant la possibilité d’échanger avec vous, vous allez lui faire part des faits relatés par votre enfant et ce dernier va, peut-être, programmer une entrevue avec vous.
Vous vous rendrez à ce rendez-vous, peut-être un peu fébrile, pas trop sûr(e) de vous. Avoir devant vous une liste précise de ce qui a été fait, quand, avec qui, où… fera en sorte, à mon avis, que l’on comprendra que vous n’allez pas lâcher l’affaire puisque vous avez déjà pris soin d’établir ce document avec toutes les minutes de préparations qu’il demande.

Je ne sais pas vous mais moi, lorsque mon enfant a été harcelé, j’avais encore cette position de soumission par rapport à l’enseignant et à la figure d’autorité de l’école. Cela m’a complètement desservie.
Pas qu’il faille se sentir supérieur, bien sûr que non. Mais notre voix compte autant que celle de l’enseignant. Ayons à l’esprit que trop souvent, nous sommes les seuls à croire ce que dit notre enfant et que personne d’autre que nous n’est là pour lui. Heureusement, il y a aussi parfois des personnes merveilleuses sur notre chemin et c’est tant mieux.
Tenir cette liste vous permettra de ne pas être déstabilisé(e) par certains propos d’un enseignant ou du directeur puisque vous reviendrez aux faits écrits sur ce document.
Il est très important de ne relater que les faits et non vos impressions concernant ces derniers pour laisser transparaître votre objectivité et votre volonté de trouver des solutions et non de blâmer qui que ce soit.
Etablir cette liste claire et précise vous permettra également d’argumenter facilement telle ou telle demande faite à l’enseignant. Par exemple, en relatant que tels jours, il y a eu tels problèmes entre votre enfant et X, vous pourrez appuyer une demande de changement de place de votre enfant.
Je vous conseille de n’échanger avec les différents protagonistes que par écrit et de faire émarger le double du courrier remis afin de pouvoir prouver, si le besoin s’en fait un jour sentir, que untel ou untel a bien été destinataire du courrier. Je sais, c’est fastidieux, mais cela peut vraiment vous aider. Lorsque j’ai sorti mon fils du système scolaire la première fois, il était en CM1, c’était 2 mois avant les vacances scolaires. Mon mari et moi avons tout fait dans les règles : courrier au directeur contre émargement, courrier au maire de ma commune contre émargement et lettre recommandée à l’inspection d’académie. Néanmoins, quelques temps après, j’ai reçu un courrier de l’académie comme quoi j’étais passible d’une contravention car mon enfant avait été trop absent de l’école… Oui, les services n’avaient probablement pas communiqué entre eux. Qu’à cela ne tienne, j’ai fait une copie de la totalité de mon dossier, j’ai tout renvoyé en recommandé à l’académie et je n’ai plus été sollicitée. Se préconstituer des preuves des démarches que l’on a faites me semble essentiel pour garder une certaine sérénité.
Je vous invite aussi à ne jamais aller seul(e) à un rendez-vous programmé par l’enseignant ou le directeur de votre enfant car sinon, parfois, vous pouvez vous retrouver bien seul(e) face à un enseignant, un directeur, un inspecteur d’académie…
POINT EXTREMEMENT IMPORTANT avant de clore cette étape : pour obtenir ces informations, vous allez devoir questionner votre enfant. Ne le faites pas en mode "interrogatoire" mais allez-y à pas de velours. Votre enfant a vécu des moments difficiles, vous les remémorer sera à nouveau difficile pour lui. Expliquez-lui, calmement, pourquoi vous lui posez toutes ces questions. Rappelez-lui souvent que vous êtes heureux/se qu’il vous ait parlé. Et si un jour, vous voyez qu’il ne veut pas répondre aujourd’hui à vos questions, attendez le lendemain ou le surlendemain. Cette liste n’a pas besoin d’être tout de suite complète. Laissez le temps au temps et surtout soyez bienveillant(e) quand vous questionnez votre enfant car il ne s’agirait pas de le traumatiser à nouveau.
Etape 3 : Oeuvrez avec votre enfant pour qu’il adopte un comportement différent
Nous entamons ici une étape délicate car ce que j’ai à vous dire risque peut-être de vous froisser et croyez bien que cela n’est vraiment pas mon intention.
J’ai été dans la même situation que vous et je sais maintenant, avec le recul, les erreurs que j’ai commises avec mon fils. Ce que je vais vous dire, même si cela peut vous heurter, n’est fait que pour que vous ne commettiez pas, vous aussi, ces erreurs et surtout pour que votre enfant se sorte plus vite de la situation où il se trouve.
Le harcèlement scolaire se définit par la répétition de violences qui peuvent être verbales, physiques ou psychologiques faites par un ou plusieurs auteurs à l’égard d’une victime, seule, qui va en voir son bien-être grandement dégradé.
Toute situation de harcèlement entre pairs commence donc par des premiers faits de violences qui ne sont pas stoppés. Bien au contraire, la victime, en montrant à l'agresseur qu'elle est blessée par le biais de la réponse qu'elle donne à ces faits, ne fait rien d'autre que de donner envie à l'agresseur de recommencer et le harcèlement va doucement mais sûrement se mettre en place !
ATTENTION, je ne dis pas ici que la victime cherche ce qui lui arrive et que c’est de sa faute. Pas du tout. La personne qui est victime de cette intimidation a sa personnalité et de ce fait, adopte une certaine réponse à l’agression qu’elle subit. Ce que je dis, c’est que la réponse qu’elle donne n’est pas efficace pour stopper la mise en place du harcèlement mais au contraire, encourage l’assaillant à continuer.
Pour que les choses changent, il va être très important que votre enfant adopte un autre comportement. Il va être fondamental qu’il ne montre pas à l’attaquant qu’il est blessé par ce que ce dernier dit ou fait. Et cela, c’est loin d’être évident quand on a déjà subi des semaines de moqueries, d’insultes, peut-être même de coups. C’est pour cela que même si on peut toujours faire quelque chose pour sortir du harcèlement scolaire, il est vraiment recommandé d’agir dès les premiers actes d’intimidation afin que la victime ne soit pas déjà complètement détruite de l’intérieur car sinon, il sera important de reconstruire tout cela avant qu’elle puisse effectivement changer la réponse donnée aux actes.

Pour montrer qu’elle n’est pas touchée par ce qui est dit ou fait, la victime devra probablement se tenir différemment. Très souvent, les victimes de harcèlement scolaire sont des jeunes qui baissent les yeux, marchent les épaules tombantes en regardant leurs pieds.
Demandez à votre enfant de se tenir droit, fier et de regarder son interlocuteur dans les yeux. Exercez-vous avec lui pour que les choses se mettent en place petit à petit.
Ce qu’il est important que votre enfant comprenne, c’est que ce n’est pas seulement ce qu’il dira qui comptera. Son corps, la manière dont il se tient, ses mimiques parlent déjà pour lui.
Ensuite, une fois cela acquis, vous pourrez faire des jeux de rôle avec lui où d’abord, vous, parent, vous allez prendre son rôle à lui, victime, et lui jouera l’agresseur. Vous commencerez par réagir de la "mauvaise façon" c’est-à-dire celle qui donne envie de recommencer. Pour cela vous pouvez lui dire d’arrêter, lui dire qu’il n’a pas le droit de dire ce qu’il dit, dire que vous allez le dire au maître ou à la maîtresse… En s’exerçant ainsi, il va ressentir le pouvoir qu’il a sur vous eu égard à votre réaction et comprendra pourquoi son harceleur a continué.
Puis, dans un deuxième temps, vous allez vous tenir droit, fièr(e) de vous, le regarder dans les yeux et poser une question quand il vous "tacle". Exemple, s’il vous dit "T’es vraiment trop nul(le)" (n’oubliez pas qu’à ce moment-là vous n’êtes plus son parent mais "lui" en mode "jeu de rôle"), vous pourrez lui dire : "Ah, qu’est-ce qui te fait dire cela ?"
Poser des questions face à une critique est vraiment une arme secrète. J’y reviendrai probablement dans un futur article. Cela permet déjà de garder pour celui qui reçoit la critique une certaine contenance et de ne pas montrer qu’il est touché par ce qui est dit. De plus, réfléchir à la question nous sort un peu de l’émotionnel en tant que "victime". Et puis, cela renvoie la balle à l’agresseur à qui on demande de ne pas seulement nous balancer son propos blessant à la figure mais de l’étayer. Certains agresseurs qui ne chercheront qu’à se défouler ne souhaiteront pas se mettre en mode "réflexion" et tourneront les talons. Poser une question peut aussi, parfois, montrer à l’agresseur que l’on s’intéresse à ce qu’il pense et comme il peut faire ce qu’il fait pour attirer l’attention, cela peut vraiment produire ses fruits et ouvrir un dialogue.
Bien évidemment pour arriver à faire cela, il sera très important d’œuvrer avec votre enfant sur son estime de soi c’est-à-dire la valeur qu’il s’attribue, le regard qu’il porte lui sur sa propre valeur. Cette vaste notion fera l’objet d’un prochain article.
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