Tout le monde sait que le harcèlement scolaire est un phénomène très préoccupant qui gangrène le bien-être des jeunes et peut les entraîner, malheureusement, à souhaiter mettre fin à leurs jours. De ce simple constat, nous pourrions nous dire que, par solidarité, par humanité, nous sommes tous concernés. N'est-ce pas ?
Mais ne le sommes-nous pas davantage, au-delà de l'empathie ? Sommes-nous certains que le harcèlement scolaire n'ait aucune répercussion sur nos enfants même s'ils n'en sont pas victimes ? Et en ce qui concerne les solutions possibles à mettre en place, avons-nous un rôle à jouer ? C'est ce que nous allons évoquer dans le coeur de cet article.
1. Le harcèlement scolaire, c'est quoi exactement ?
Il est primordial de commencer par là car si nous nous interrogeons sur le fait de savoir si nous sommes concernés ou pas, il est important de parler un langage identique, n'est-ce pas ?
Une situation entre jeunes est qualifiée de harcèlement scolaire lorsqu'un jeune (ou plusieurs) commet, de manière répétée, des violences verbales, physiques ou psychologiques à l'égard d'un autre qui voit, de ce fait, son bien-être grandement dégradé.
Chaque situation de harcèlement scolaire implique donc 3 protagonistes :
- un ou plusieurs auteur(s)
- une victime
- des témoins
2. Seules les victimes de harcèlement scolaire en subissent des séquelles ?
Très souvent, lorsqu'on évoque ce fléau, il est fait référence aux nombreuses séquelles qui vont marquer la victime : anxiété, dépression, perte d'estime de soi, difficulté d'appréhender un groupe... et cela semble tout à fait compréhensible vu ce qu'elles vivent.
La question qui se pose ici est de savoir si les victimes de harcèlement scolaire sont les seules à subir des séquelles qui vont grandement amoindrir leur qualité de vie ?
Quand on voit comme il est dit aux parents de ne pas laisser leurs enfants regarder des scènes de violence à la télévision, eu égard aux conséquences que cela peut produire dans leur vie quotidienne, nous pouvons légitimement nous demander si le fait, pour des enfants, surtout s'ils sont jeunes, d'assister à des scènes de violence dans la "vraie vie" n'est pas encore plus traumatisant ?
Et les jeunes qui commettent ces actes, déjà violents pour leur âge, ne risquent-ils pas de devenir de futurs délinquants si rien n'est fait ?
Pour répondre à ces questions, je vous partage ici une vidéo de Nicole Catheline, pédopsychiatre, et les propos de Claire Beaumont qui enseigne le bien-être à l'école à l'université de Laval à Québec et qui précise dans un article paru sur LCI en 2019*
"Que les enfants aient tendance à subir, à faire subir, ou bien à observer ces comportements, cela a des effets négatifs sur leur réussite éducative, sur leur travail plus tard et même sur leur parentalité. Bien sûr, les effets délétères sont davantage connus pour les victimes, notamment sur leur santé mentale : symptômes dépressifs, perte d'estime de soi... Mais on sait aussi que le jeune qui agresse pourra faire preuve d'abus de pouvoir à l'âge adulte. Devenir par exemple un patron abusif ou un mari violent. Il a aussi plus de probabilité de devenir délinquant."
"Quand aux témoins, ce sont un peu les laissés pour compte car [...] de récentes études montrent que ce sont eux qui subiront le plus d'effets néfastes à l'âge adulte. Car ils doivent faire face à un sentiment d'impuissance qui les poursuivra tout au long de leur vie. Le copain, s'il ne fait rien, ce n'est pas parce qu'il n'aime pas son ami, c'est parce qu'il ne se sent pas fort émotivement pour être éventuellement harcelé à son tour. Cela jouera plus tard sur sa persévérance et là aussi sur sa santé mentale".
3. Tous les jeunes sont-ils impactés par le harcèlement scolaire ?
Eu égard à ce qui vient d'être énoncé, il semblerait bien que oui.
Lorsqu'une situation de harcèlement scolaire a lieu dans un établissement ou même en dehors, il n'y a pas que la victime qui va en subir des séquelles. L'auteur mais surtout les témoins seront eux aussi "infectés" par ce poison.
Si chaque année, entre 800 000 et 1 000 000 de jeunes sont victimes de harcèlement scolaire**, cela implique forcément un certains nombre d'auteurs et de de témoins.
Attention, soyons bien clairs, le but de mon propos n'est pas de minimiser l'impact et les séquelles subies par les personnes qui sont victimes, jour après jour, de remarques, de moqueries, d'insultes, de coups... J'ai été victime moi-même de harcèlement scolaire en primaire et je sais que j'en porte encore, à 46 ans, certains stigmates.
Ce que je souhaite soumettre à votre réflexion, par le biais de cet article, c'est qu'à l'heure actuelle, pour lutter contre le harcèlement scolaire :
- quand on prend en charge la victime (et ce n'est pas encore malheureusement systématique), on n'étudie pas avec elle, une fois qu'elle se sent mieux psychologiquement, comment elle pourra agir différemment la prochaine fois afin que cette situation ne se reproduise pas et il est certain que si elle ne change pas, elle sera à nouveau intimidée car le monde actuel est encore ainsi. Des jeux de pouvoir y ont lieu et il est rare que ceux qui ont besoin de se défouler le fassent sur des personnes qui sont affirmées et savent leur répondre.
Cela ne signifie pas que la victime de harcèlement scolaire a cherché ce qui lui arrive comme je l'entends parfois. Non, elle n'a rien cherché. Par contre, elle n'était pas prête à faire face à une intimidation et ce qui compte, c'est de la préparer pour qu'elle puisse faire face à une éventuelle prochaine tentative d'intimidation qui n'arrivera peut-être plus dans le cadre scolaire mais qui pourrait arriver dans le cadre professionnel ou même privé plus tard.
- on sanctionne ou non l'auteur sans vraiment se demander ce qui l'a conduit à faire ce qu'il a fait. De ce fait, il se calmera peut-être un temps mais il est fort à parier que tôt ou tard, il recommencera puisque lui aussi n'aura pas appris à adopter un comportement différent face à ses difficultés.
- et les témoins, eux, on ne pense même pas qu'ils subissent quoi que ce soit face à ces situations.
4. Si tous les jeunes sont impactés par le harcèlement entre pairs, tous les parents sont-ils concernés par cette problématique ?
J'aurais tendance à repondre oui tout de suite puisque nous avons vu que les "simples" témoins sont eux aussi impactés par ce qu'ils voient et entendent. Sauf peut-être s'ils sont dans un établissement scolaire où il n'y a aucune situation de harcèlement ou d'intimidation, qu'il en est de même sur les clubs qu'ils peuvent fréquenter pour exercer leurs activités extra scolaires, ce qui semble tout de même peu probable à l'heure actuelle.
Alors OUI, tous les parents sont concernés et ce, que leur enfant ne soit qu'en maternelle (parce que parfois, cela commence déjà là), en primaire, au collège, au lycée et même dans les études supérieures.

Et la question est : "Qu'allons-nous faire pour que cela change ?" car je pense qu'attendre que l'Education Nationale règle, seule, le problème n'est pas une attitude responsable de notre part.
Tel un colibri, nous avons aussi une action à mener.
Mais que faire ? Avertir nos enfants des dangers du harcèlement scolaire ? C'est déjà largement fait et il est toujours là.
Etre sur leur dos 24h/24h à les questionner, les surveiller... Cela serait vraiment contre-productif car en faisant cela, déjà nous n'irions pas dans le sens du développement de leur autonomie et de leur discernement,
mais en plus, ceci semble complètement irréalisable. Ce genre de solution est vaine dès le départ.
Alors que faire ?
Une idée, que vous jugerez peut-être un peu folle, me vient en tête. Un jour, j'ai eu le bonheur d'assister à une conférence d'Isabelle PELOUX, fondatrice de l'école élémentaire du Colibri, aux Amanins, et elle a dit une chose qui restera gravée en moi et qui pourrait se résumer ainsi : nous, les adultes, nous sommes tous des éducateurs et ce même si nous n'avons pas d'enfant.
Et c'est tellement juste. Les enfants, apprenant en observant nos comportements, intègrent des choses, sans s'en rendre compte, du fait de nos réactions et façons d'agir.
Alors attention, j'ouvre une parenthèse ici. Je ne suis là pour juger personne. Certains disent, par exemple, que les parents des enfants qui sont harceleurs sont des personnes qui ne savent pas éduquer leurs enfants. J'ai envie de répondre à ces personnes que même si c'était vrai, ce que je ne pense pas car on ne peut donner que ce que l'on a reçu, blâmer un individu en lui indiquant qu'il est nul car il ne sait pas élever ses enfants ne va pas vraiment l'aider à adopter des comportements différents, sources de changement.
De toute façon, on pense parfois la même chose des parents des victimes. Comme la situation de harcèlement gêne certaines personnes, on a tendance à dénigrer ceux qui s'en plaignent de manière à les dissuader de faire des vagues. C'est assez courant.
Néanmoins, cela ne résout rien !
De la même manière, lorsqu'on dit à un agresseur : "Tu es une méchante personne, tu seras puni. Tu devras faire ceci ou cela...". Est-ce que cette attitude apprend à cette personne à agir d'une autre manière ? NON.
Précisions données, je ferme cette parenthèse. J'entends souvent que les enfants sont méchants entre eux. Mais les adultes sont-ils gentils entre eux ? Quand vous entendez certains propos tenus par des adultes, pourquoi les enfants, eux, devraient-ils adopter un comportement "correct" ? Leur en donnons-nous l'exemple ?
Et par "nous", je me mets aussi dans le "lot" bien sûr car, à mon plus grand désespoir, je ne suis pas parfaite ! Mais je pense que nous n'avons pas besoin de perfection pour mettre au centre de nos préoccupations la manière dont nous agissons. Porter plus d'attention à nos réactions nous permettra de commettre moins d'impairs (même si nous en commettrons encore). Notre intention de vouloir transmettre autre chose auprès de tous les jeunes suffira à produire déjà de significatives améliorations. Qu'en pensez-vous ?
5. La diminution drastique du harcèlement scolaire passe-t-elle par une action collective de tous les adultes?
Je le pense. Le fait de voir des adultes, autour d'eux, oeuvrer à davantage de bienveillance vis à vis d'eux-mêmes et des autres, permettra un changement durable à long terme. N'est-ce pas enthousiasmant de prendre conscience que l'un des meilleurs outils de changement, c'est nous ?
La question est simple au final : souhaitons-nous réellement que nos écoles soient plus apaisées ?
Si c'est le cas, agissons et participons à une société plus apaisée. Comment faire cela ? En oeuvrant, pas à pas, à adopter d'autres comportements dans notre vie quotidienne. Quoi exactement ?
Oeuvrer pour être en lien avec nous-même. Vivre en étant connecté à ce que nous ressentons sachant que nous ne pouvons pas établir une manière "correcte" de ressentir et une manière "incorrecte". La société dans laquelle nous vivons veut uniformiser les comportements humains mais c'est contre nature et source de beaucoup de frustrations qui peuvent aboutir à de l'agressivité et de la violence.
Si je suis à mon écoute et que j'oeuvre, chaque jour, à me rendre heureuse, je donne ce comportement comme exemple autour de moi puisque je le pratique. De ce fait, je suis moins tentée de critiquer l'autre responsable de mon soit disant mal être et je pense que cela aboutit à une société beaucoup plus en paix.
Qu'en pensez-vous ? Faîtes-moi part de votre point de vue dans les commentaires s'il vous plaît. Ces derniers pourront alimenter ma propre réflexion.
Je nous souhaite plein de bienveillance envers nous-mêmes et les autres et vous dis à bientôt.
*https://www.tf1info.fr/education/harcelement-scolaire-de-lourdes-consequences-a-l-age-adulte-maladie-mentale-chomage-et-pas-que-pour-les-victimes-2120381.html
**http://www.senat.fr/rap/r20-843/r20-843-syn.pdf
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