Cet article vient compléter l'article intitulé "Votre enfant est victime de harcèlement scolaire, que faire ?"
De manière générale, il est important pour un parent de contribuer à ce que son enfant ait une estime saine de lui-même. Se définissant comme la valeur que s'attribue un individu, c'est grâce à celle-ci qu'un enfant se sentira davantage capable de faire telle ou telle chose, de se mettre en action, d'encaisser plus rapidement un échec...
En matière de harcèlement scolaire et notamment de prévention en la matière, cette notion d'estime de soi est fondamentale. Un jeune disposant d'une bonne estime de soi va se considérer être quelqu'un de valable. Lorsqu'un autre jeune viendra se moquer de lui ou l'insulter, il ne sera pas touché de la même manière qu'un jeune qui ne s'attribue déjà que peu de valeur.
Alors que tout semble opposer une victime et un auteur de harcèlement entre pairs, ils possèdent cependant un point commun : ils manquent d'estime de soi ! Après avoir donné quelques précisions sur ce point dans cet article, nous verrons comment faire, en tant que parent, pour développer l'estime de soi de nos enfants et quelles en seront les conséquences vis à vis du risque de harcèlement scolaire.
1. Point commun entre une victime et un auteur d'intimidation : une faible estime de soi
Rappelons que le harcèlement scolaire qui est une répétition de violences verbales, physiques et/ou psychologiques perpétrées par un ou plusieurs agresseurs à l'égard d'une victime qui va voir ses conditions de vie grandement dégradées, va commencer par un premier acte d'intimidation qui aura donné satisfaction à son auteur et lui aura donné envie de recommencer.
Une fois ce préalable posé, demandons-nous ce qui peut amener un jeune à vouloir agresser, humiler un autre jeune ?
Cette question est fondamentale à mon sens et pas assez posée.
Très souvent, nous pouvons lire que si les harceleurs agissent ainsi, c'est simplement parce qu'ils sont méchants et que leurs parents sont de mauvais parents qui ne les ont pas élevés correctement.
Même si je comprends tout à fait ces critiques et jugements de la part des parents des victimes qui eux voient leur enfant dépérir de plus en plus chaque jour, je pense, que se contenter de ce genre de réponse ne va rien changer à la problématique du harcèlement scolaire. Pourquoi ?
Parce que déjà, lorsque je dis à quelqu'un qui est méchant, je remets en cause sa personne et non son comportement alors que dans les faits de harcèlement, ce sont bien les actions du harceleur que l'on souhaite modifier.
Ensuite, lorsque quelqu'un dit de moi que je suis méchant, cela ne me donne pas d'indications sur la manière dont elle souhaiterait que je me comporte.

De plus, j'aime beaucoup cette phrase de Faber & Mazlich qui dit : "Quand les enfants se sentent bien, ils se comportent bien". Cherche-t-on à savoir comment les enfants harceleurs se sentent ? Pas assez à mon humble avis.
Alors, prenons le temps de nous poser cette question.
J'ai lu un jour une réflexion de Neale Donald Walsch que je trouve tout à fait adaptée ici : Qu'est-ce qui t'a fait si mal que tu ressentes le besoin de m'humilier pour le supporter ? Ce n'est pas la phrase exacte, mais je vous résume l'idée car je la trouve pertinente.
L'agresseur se sent souvent victime de quelqu'un ou de quelque chose. Il peut lui-même subir des choses d'autres personnes. C'est d'ailleurs pour cela que certaines victimes de harcèlement peuvent devenir auteur. Mais il peut aussi subir peut-être une éducation très stricte ou un mal être en lien avec son histoire, départ d'un parent...
L'auteur de faits de harcèlement est une personne qui va manquer d'estime de lui-même. Il pense ne pas avoir de valeur du fait de tel ou tel aspect de sa personnalité. Et cet aspect, il va vouloir le dissimuler en attirant les regards des autres sur les "travers" d'une autre personne que lui, la victime des méfaits. Il pourra aussi chercher à attirer l'attention des autres en les amenant à rire de la victime.
D'ailleurs, l'auteur de faits de harcèlement ne choisit pas sa proie au hasard. Il ne va pas embêter quelqu'un qui risque de lui "rentrer dedans" comme on dit. Il choisit une victime qui n'est pas forcément différente car les gens différents peuvent affirmer leur particularité mais qui est vulnérable c'est à dire quelqu'un qui peut être facilement atteint. Cette vulnérabilité de la victime peut être liée à une séparation des parents, à un changement d'école, au décès d'un proche, à une différence non acceptée... Ce constat démontre bien que l'auteur de faits de harcèlement n'est pas si sûr de lui qu'il veut le faire paraître. Qu'en pensez-vous ?
En matière de harcèlement scolaire, on parle souvent de la perte d'estime de soi en tant que conséquence de ce que la victime subit jour après jour. A force d'entendre régulièrement qu'on et nul, qu'on est moins que rien..., il est compréhensible que cela nous impacte.
Je crois que la victime a aussi un manque d'estime d'elle-même au départ. Cette vulnérabilité, dont on a parlé et qui peut arriver à tout le monde à différentes reprises dans une vie, va créer une brèche dans cette estime de soi. Parfois, les enfants se rendent aussi responsables de choses qui arrivent et qui pourtant ne sont pas de leur fait et ils peuvent éprouver de la culpabilité, ce qui pourra grandement amoindrir l'estime qu'ils se portent.
Or, c'est cette faible estime de soi de la part de la victime de faits de harcèlement qui participera au fait qu'elle croit ce qu'on dit sur elle et n'exercera aucun esprit critique.
Si je connais ma valeur, que je sais que je ne suis pas parfaite mais que j'ai de la valeur, la critique d'une autre personne me passera au-dessus comme on dit ou je la passerai dans ma "moulinette intérieure" pour décider d'y accorder ou non du crédit. Par contre, si je ne m'attribue pas beaucoup de valeur, que je ne n'aime pas certains aspects de ma personnalité voire que je n'aime pas toute ma personne, les critiques allant dans ce sens vont venir appuyer là où c'est déjà sensible.
Le manque d'estime de soi de la victime se déduit aussi du fait que lorsqu'elle subit quelque chose, elle ne va pas se défendre ou peu. Pourquoi ? Parce que peut-être, du fait d'une faible estime d'elle-même, elle se sentira incapable de tenir tête au harceleur ou parce qu'elle ne s'attribue pas beaucoup de valeur, elle pensera que le harceleur a au final raison de penser ce qu'il pense à son sujet alors pourquoi lutter...
2. Comment aider les jeunes à renforcer l'estime qu'ils se portent ?
A. En arrêtant de culpabiliser
A la lecture du début de cet article, vous vous dîtes peut-être en ce moment : "Mais, si mon enfant n'a pas assez d'estime de lui-même, c'est parce que je n'ai pas su lui construire une estime de lui-même". Si c'est le cas, je comprends votre état d'esprit, je suis moi-même maman.
Alors effectivement, nous, parents, nous sommes les premiers "acteurs de construction" de l'estime de soi de nos enfants en leur faisant comprendre notamment, tout petit, que nous les aimons et les aimerons quoi qu'ils fassent, de manière inconditionnelle. Bien sûr, cela ne signifie pas que nous cautionnerons tous leurs comportements.
Mais, nous sommes aussi la résultante d'un parcours de vie et il est difficile de transmettre quelque chose que nous ne possédons pas ou peu.
Pourquoi est-ce que je vous dis maladroitement tout cela ? Parce qu'à la lecture de ces quelques lignes, vous pourriez commencer à culpabiliser, à considérer que vous avez fait tout de travers avec votre enfant, que vous êtes nul(le)... Les parents, surtout les mamans, sont parfois championnes pour cela.
Mais bénéficie-t-on d'une formation pour devenir un "bon parent" et avez-vous pris l'initiative de "sécher" tous les cours ? Non bien sûr puisque cette formation, que tous les parents attendent, n'existe pas. Un jour, nous sommes devenus parents et nous avons fait pour le mieux.
Par ailleurs, est-ce que passer votre temps à vous dire que vous n'avez pas fait ce qu'il fallait va changer quelque chose à la situation de votre enfant ?
NON. Et vous allez perdre une énergie considérable. Alors que si vous décidez maintenant de vous dire : "ok, je n'ai peut-être pas fait ce qu'il fallait à l'époque, mais aujourd'hui, je vais oeuvrer sur ce point en développant ma propre estime de moi-même et celle de mon enfant", là, vous pourrez faire la différence dans la vie de votre enfant. Qu'en pensez-vous ?
Et gardez en tête que nous avons notre part à jouer en tant que parent vis-à-vis de nos enfants mais eux ont aussi leur personnalité. Je m'explique. Si votre enfant est hypersensible, il va parfois donner une interprétation à ce que vous avez dit ou pas dit, fait ou pas fait, qui n'était peut-être pas du tout celle de l'intention que vous avez mise en disant ou faisant ce que vous avez fait. La manière de chacun d'interpréter les faits qu'il rencontre dans sa vie lui appartient aussi !
B. En aidant votre enfant à voir la belle personne qu'il est
Pour cela, vous allez souligner ses qualités, les choses qu'il arrive à faire, la réaction qu'il a eu face à telle ou telle situation...
A cette fin, vous pouvez encourager votre enfant à tenir un journal de ses réussites qu'il pourra aussi décorer à sa guise. Dans ce dernier, il consignera tous ses succès, du plus petit au plus époustouflant. Ce journal pourra s'avérer être un outil de poids dans les moments où votre enfant sera un peu en perte de moral ce qui arrive à tout le monde. En effet, dans ces moments-là, il pourra se replonger dans ce qu'il a déjà réussi à faire, repenser à l'état d'esprit dans lequel il était à ce moment là et, peut-être, comprendre que ce qu'il n'arrive pas encore à faire aujourd'hui, le sera peut-être demain, comme cela a déjà été le cas pour d'autres choses. De plus, comme c'est lui qui le tient, il ne pourra pas rétorquer un soir de déprime : "Mais pour toi, maman, je suis toujours génial(e)" laissant entendre que notre vision est biaisée du fait de notre attachement pour lui ou elle.
Vous pouvez aussi lui faire des compliments. Ces derniers doivent être sincères sinon votre enfant le saura et ils perdront de leur "pouvoir magique". Ils doivent concerner également les efforts menés et non les résultats obtenus car si vous complimentez une personne sur ses résultats, elle aura peut-être un jour peur d'essayer quelque chose qu'elle ne maîtrise pas encore et s'empêchera de faire telle ou telle nouvelle chose par peur de ne pas y être aussi "bonne" que dans un domaine, plus connu, où elle a des résultats qui lui amènent des compliments. Saluer son effort, sa détermination, son engagement lui apprendra à persévérer et à ne pas baisser les bras. Atout incontestable dans une vie !
Il est important que vous soyez aussi attentif/attentive à la manière dont votre enfant parle de lui-même. S'il lui arrive de dire "je suis vraiment trop nul(le)", à haute voix, ne lui répondez pas que ce n'est pas vrai car vous nieriez ce qu'il ressent et, se sentant incompris ou non écouté, il pourrait décider de faire attention aux propos qu'il tient devant vous et vous ne connaîtriez plus le fond de sa pensée.
Préférez une réponse du genre : "Ah, qu'est-ce qui te fait dire cela ?" pour l'amener à réfléchir lui, sur sa situation. Ensuite, en fonction de ce qu'il vous dit, il suffira de l'amener, par le biais de questions posées, à prendre conscience de contre exemples concrets qui ne lui permettront pas d'installer en lui une croyance erronée. Vous ne faîtes aucune affirmation. Vous vous contentez de poser des questions jusqu'à ce qu'il prenne conscience que là, il n'a pas été nul et que ok, pour telle activité, ce n'est pas encore au top mais pour d'autres si, donc il ne peut pas en conclure qu'il est nul.

Nous avons également tous une fâcheuse tendance à nous comparer aux autres et votre enfant n'échappe pas à cette pratique. Or, pour certaines personnes, cette comparaison va les démoraliser car elles verront toujours les autres "mieux" qu'elles.
De plus, lorsque nous comparons des individus entre eux, cela implique de déterminer un critère par rapport auquel on va les comparer.
Par exemple, nous pourrions comparer X et Y par rapport à leurs résultats en mathématiques. Mais si X adore les maths et Y les déteste, la comparaison est un peu faussée, non ?
Ce procédé de comparaison est utilisé dans notre société car on a déclaré que tel critère de comparaison est important et tel autre ne l'est pas. C'est le cas avec les mathématiques et le fait d'être bon aux jeux vidéo par exemple. Je sais, je prends des extrêmes mais c'est juste pour vous permettre de comprendre ce que je veux insinuer.
Si, dans un univers parallèle, nous donnions la même importance à une personne qui est bonne aux jeux vidéo que celle que nous attribuons ici à une personne bonne en mathématiques, les personnes "bien vues" dans cet univers parallèle ne seraient plus les mêmes, n'est-ce pas ?
Tout dépend de ce qui est érigé en critère de comparaison et qui dit que tel critère est "mieux" que tel autre ? J'espère que je ne vous ai pas perdu... Tout cela pour vous dire que le procédé même de la comparaison à autrui est plus que dangereux. La seule comparaison qui pourrait avoir un intérêt est de comparer notre "moi d'aujourd'hui", à la personne que nous étions il y a 2 mois, 3 ans... pour prendre conscience de notre évolution et en être fier(ère). Qu'en pensez-vous ?
C. En lui apprenant que l'échec n'est en réalité qu'apprentissage
Trop souvent, lorsqu'on tente quelque chose et que cela ne marche pas, on considère que cela n'est pas pour nous, voire pire, qu'on est nul. Mais rien n'est plus faux. Le vrai échec, c'est lorsqu'on abandonne !
Prenez le temps, lors d'une sortie en famille ou à l'occasion du visionnage d'un film ou la lecture d'un livre, lorsque la situation s'y prête, d'évoquer cette notion en posant cette simple question : "Etpour toi, cela signifie quoi échouer ?". Cela vous paraît peut-être étrange comme cela mais testez. Les adultes pensent parfois que les jeunes n'aiment pas se poser des questions, que les questions sont trop difficiles... Mais, en tant qu'animatrice d'ateliers de discussion à visée philosophique, je peux vous dire qu'il n'en est rien. Et même si c'était le cas, votre enfant vous dira déjà qu'il n'a pas très envie de répondre à votre question et c'est ok.
Lorsque ce dernier vous aura délivré sa vision des choses, vous pourrez lui poser les questions suivantes : "Comment as-tu appris à faire du vélo ?", "Comment as-tu appris à marcher ?". "Penses-tu avoir enfourché le vélo et être parti(e) avec une allure assurée dès ta première tentative ?". Rafraichissez-lui la mémoire en parlant en "je". "Je me souviens que tu as commencé à marcher à 4 pattes puis je te voyais te lever, chercher l'équilibre et retomber à terre". Il est important d'amener l'enfant à prendre conscience que ces 2 choses qu'il fait aussi facilement aujourd'hui lui a demandé de l'expérimentation et de la persévérance. Au moment, il ne marchait pas encore, il apprenait à le faire.

Apprendre cela à nos enfants aura un impact fort dans leur vie car, lorsqu'ils n'arriveront pas encore à faire quelque chose, ils pourront, si nous les y aidons, faire le lien avec cet apprentissage de vélo ou de la marche et ils se diront donc qu'ils sont en apprentissage et qu'ils y arriveront un jour. Ils ne laisseront pas tomber cette activité, sauf s'ils en ont fait le tour et en concluent qu'elle n'est pas pour eux, et surtout, il sauront qu'ils ont beaucoup de valeur.
3. Conséquences d'une meilleure estime de soi sur les jeunes par rapport au harcèlement scolaire
Il est fréquent d'entendre qu'il est très important de se reconnaître de la valeur, d'apprécier, voire d'aimer, qui on est mais sait-on vraiment pourquoi ?
Parce que si nous n'arrivons pas à nous attribuer de l'estime nous-même, nous allons être comme incomplet et nous allons chercher à nous rendre complet par le biais de comportements d'autrui. Une personne qui s'attribuera peu de valeur recherchera l'intérêt des autres, leur appréciation voire leur amour pour avoir la sensation de combler son manque personnel et ainsi pouvoir se sentir "complet".
Mais, cette manière de faire, même si elle est compréhensible, est dangereuse car nous devenons dépendants du regard des autres et nous déciderons d'agir pour leur plaire et non pour exprimer qui nous sommes vraiment au risque de ne plus savoir un jour qui nous sommes au fond. C'est, par exemple, ce qui peut expliquer qu'une petite fille sera prête à relever les défis, les plus fous les uns que les autres, que pourra lui donner "son groupe d'amies". Ceci pour conserver leur intérêt. C'est aussi pour cela qu'une jeune fille sera prête à envoyer des photos d'elle dénudée, par peur de perdre "l'amour" de son petit copain.
Participer à développer l'estime de soi de votre enfant, comme nous l'avons évoqué ci-dessus va, au contraire, avoir pour effet, que petit à petit, ce dernier va apprendre à se donner lui-même de la valeur, sans dépendre de personne. Il aura conscience de ne pas être parfait (mais qui l'est ?) mais saura reconnaître SA valeur. Avec cet état d'esprit, quand un autre jeune va venir le critiquer, se moquer de lui, il va entendre bien évidemment mais il ne va pas tout de suite croire que ce que dit l'autre est vrai car il connait, lui, sa valeur. Il pourra réfléchir bien entendu à ce qui a été dit, et c'est une bonne chose mais avec une bonne estime de soi, c'est comme s'il revêtait un ciré sur lequel glisseront les remarques et insultes qui ne pénétreront plus à l'intérieur du jeune pour le miner.
De même, vu que le jeune ne cherchera plus à l'extérieur, ce qu'il est important qu'il s'apporte lui-même, il ne sera plus tenté d'embêter un autre jeune pour obtenir cet intérêt. Etant lui-même mieux dans sa peau, il ne cherchera plus à se défouler de la même manière. Il aura aussi pris conscience que tous les êtres humains sont vulnérables et ne cherchera plus à cacher ses propres vulnérabilités au prix d'humilier ses camarades.
Oeuvrer sur l'estime de soi des jeunes est primordial dans la prévention au risque de harcèlement scolaire qui existe à l'égard de tous les jeunes du fait qu'ils côtoient d'autres jeunes. C'est un élément fondamental qui demande à être complété par d'autres tels la connaissance de soi, l'affirmation de soi, l'accueil des émotions... qui feront l'objet d'autres articles. Si vous ne voulez pas les louper, inscrivez-vous au blog pour les recevoir automatiquement.
LIENS