Comment aider un enfant qui a subi du harcèlement scolaire et qui angoisse à l’approche de sa rentrée dans un nouvel établissement ?

Votre enfant a subi du harcèlement scolaire l’année dernière. Afin de ne pas revivre la même chose cette année, vous avez décidé de le changer d’établissement. Cependant, à quelques jours de la rentrée, vous constatez qu’il semble être de plus en plus angoissé à l’idée de retourner en classe.

Que pouvez-vous faire, en tant que parent, pour l’accompagner dans cette phase délicate de sa vie ? Sur quoi devez-vous porter votre attention afin d’être certain(e) de ne commettre aucun impair ? C’est ce que nous allons aborder dans les 6 points énoncés dans cet article.

1/ Accueillez sa peur

L’année dernière, votre enfant a été la cible, de manière répétée, de comportements malveillants qui l’ont énormément ébranlé et qui ont probablement impacté votre vie de famille. Il s’est retrouvé face à une violence dont il ne comprenais pas vraiment la cause.

Dans une telle situation, n’est-il pas tout à fait naturel qu’il ait peur actuellement de retourner vers les bancs de l’école ? S’il avait l’air d’être complètement confiant par rapport à cette reprise de cours, n’est-ce pas là que les choses seraient étranges ? Tous, que nous ayons eu un accident de voiture, soyons tombés d’une échelle…, que sais-je, tous les éléments traumatisants que nous vivons génèrent en nous de la peur car nous ne voulons pas revivre cela. Votre enfant a été meurtri par cette situation et une perte de confiance envers les autres a eu lieu. Il est donc tout à fait logique qu’il éprouve de la peur face à la rentrée prochaine.

Cette peur, bien légitime, je pense qu’il est important de l’accueillir. Comment ? En écoutant son enfant tout simplement. Le matin, par exemple, demandez-lui comment il se sent et laissez le parler. Il se pourra qu’il vous parle de tout sauf de son angoisse relative à l’école mais il verra que vous êtes là pour lui. S’il n’est pas du matin ou que c’est plutôt speed pour vous le matin, demandez-lui en fin de journée s’il a passé une bonne journée et laissez-le vous raconter ce qu’il veut bien vous raconter.

Si votre enfant ne parle pas et que vous-même commencez à angoisser en constatant qu’il ne va pas bien, dîtes lui simplement quelque chose qui pourrait ressembler à cela : « J’ai pu constater que tu regardais souvent dans le vide comme tu viens de le faire à l’instant, est-ce que tout va bien pour toi ? Sache que si quelque chose ne va pas, tu peux me parler. »

S’il décide de vous parler, surtout, ne le coupez pas (je sais, ce n’est vraiment pas évident car nous n’aimons pas que nos enfants soient malheureux). Regardez-le dans les yeux, avec votre cœur chargé d’amour, et hochez de temps en temps la tête pour lui montrer que vous l’écoutez attentivement, que vous êtes de tout cœur avec lui.

ATTENTION de ne pas trop lui montrer que ce qu’il vous dit vous affecte car sinon vous risquez qu’il ne revienne plus se confier à vous.

Je sais, pour l’avoir vécu, que ce que je vous indique là est difficile à faire. Cependant, c’est essentiel pour continuer à être informé(e) de ce qui se passe pour lui. En effet, nos enfants préféreront se faire du mal à eux plutôt que de nous blesser nous. Il est donc capital de leur montrer que nous restons zen face à ce qu’ils peuvent nous confier.

Bien sûr, lorsqu’il vous parle, ne minimisez pas ce qu’il ressent. En tant qu’adulte, vous voyez peut-être les choses autrement mais lui est encore un être en construction et il n’est pas vous ! Souvent, dans ce genre de situation, nous avons tendance, nous parent, à avoir envie de donner des conseils à nos enfants car nous voulons faire cesser cet état de mal être chez eux. Cela nous « bouffe » de l’intérieur de les voir tristes ou dans la peur. Gardez-vous bien de cela. Réfléchissez à la dernière fois où vous vous êtes confié sur quelque chose qui n’allait pas pour vous. Souhaitiez-vous recevoir un peu de chaleur humaine ou des conseils ? S’il veut un conseil, il vous le demandera déjà mais sinon, vous écoutez, c’est tout. En lui donnant un conseil, il pourrait avoir l’impression que vous n’avez pas compris comment il se sent, voire que vous ne l’avez pas écouté et que vous considérez qu’il n’arrivera pas à s’en sortir seul.

Ne lui dîtes pas non plus que tout va bien se passer car au final, personne n’en sait rien. Questionnez-le plutôt pour savoir comment il voit les choses. A-t-il une idée de ce qu’il peut mettre en place pour éviter que ce qu’il a vécu l’année dernière recommence, pour se sentir mieux ? Ainsi, vous l’inviterez à mener sa propre réflexion sur la question et il pourra prendre conscience que, même si tout ne dépend pas de lui, il a une action sur différentes choses de sa vie.

2/ Nourrissez votre lien

Tout un chacun, n’avons-nous pas la sensation d’être plus fort(e) lorsque nous devons passer un examen, un entretien, une opération… et que nous savons que des personnes pensent à nous et sont donc avec nous en pensée ?

Votre enfant a besoin de vous sentir derrière lui. Vous ne pouvez pas aller à l’école à sa place (et dieu sait que vous en auriez envie) mais vous pouvez faire en sorte qu’il vous « sente » avec lui. Bien sûr, je ne vous apprends rien, il est important qu’il sache que vous l’aimez et qu’il est important pour vous.

ATTENTION cependant à lui témoigner votre amour dans son langage à lui ! Je m’explique. Le livre de Gary Chapman et Ross Campbell intitulé « Langages d’amourdes enfants », dont je vous recommande la lecture, nous apprend qu’il existe 5 langages d’amour :

  • Les moments de qualité

  • Les paroles valorisantes

  • Les cadeaux

  • Les services rendus

  • Le toucher physique

Nous avons tous un langage d'amour principal c’est-à-dire que, même si nous pouvons être touchés positivement par l’une de ces 5 attentions, il y a un domaine qui nous touchera davantage.

Là où il est important d’être vigilant, c’est que nous pouvons témoigner de l’amour à notre enfant selon notre langage principal à nous et non le sien. Imaginons que nous faisons beaucoup de cadeaux à notre enfant, car nous aimons nous-même en recevoir, mais que lui souhaiterait passer plus de moments de qualité avec nous. Alors que nous pensons, nous, lui témoigner notre amour via les cadeaux qui sont importants pour nous, lui ne verra rien puisque ce qui lui « parle » à lui, ce sont les moments de qualité. Certaines personnes ont passé une vie entière à croire que leur parent ou enfant ne les aimait pas car en réalité, ils communiquaient leur amour d’une manière différente. Il est donc important d’être attentif à ce point.

Dans un premier temps, il est donc primordial de rechercher quel est ce langage d'amour principal de votre enfant. Pour cela, 2 méthodes :

  • Une qui demande un peu plus de temps : proposez, au fil du temps, des actions de chaque langage et voyez là où votre enfant réagit le plus positivement

  • Une un peu plus rapide : demandez à votre enfant comment il sait que vous l’aimez

3/ Demandez-lui d’imaginer le pire scénario possible selon lui

Etrange cette demande, vous ne pensez pas ? Est-ce que cela ne risque pas de démultiplier sa peur ?

Je ne le pense pas. Je pense même que c’est tout l’inverse. Si j’imagine un scénario catastrophe, souvent, ce qui se passe dans la réalité est bien moindre. De plus, ayant réfléchi, en avance, à ce que je pourrais faire en cas de difficultés, je tombe moins des nues quand un problème arrive. Qu’en pensez-vous ?

Votre enfant aura probablement peur que ce qu’il a vécu se rejoue cette année et il a raison car c’est une possibilité. Vous pouvez donc l’aider à réfléchir sur la situation en lui posant des questions : « Que pourrait-il se passer cette année ? », « Si un élève de la classe t’embête, que pourrais-tu faire ? », « Comment penses-tu réagir face à la situation ? », … Vous l’aidez à réfléchir et vous accueillez ses réponses sans les juger. Votre rôle est uniquement de l’accompagner. Vous pouvez aussi partir de ce qu’il a vécu et faire des jeux de rôle avec lui pour l’aider à répondre efficacement à ce qui lui a été dit. Le but est de lui faire comprendre qu’il ne maîtrise pas tout d’une situation (comportement des autres) mais qu’il dispose de certains moyens d’actions (ses réponses à lui).

ATTENTION ce qui est dit verbalement doit être confirmé par tout le corps pour être efficace. Les techniques de défense verbale ne suffisent pas car l’enfant doit d’abord oser répondre ce qui n’est pas toujours gagné et ensuite, il doit le faire avec une certaine attitude, un certain ton, pour que cela soit totalement efficace.

Dans le cadre des ateliers ludiques de prévention au risque de harcèlement scolaire "Mission Zéro Intimidation" que je propose ou même lorsque j’accompagne un jeune individuellement, je leur apprends comment se tenir, à repousser parfois l’expression de leurs émotions à un moment où ils seront en sécurité pour le faire, à développer leur estime de soi, à relativiser le regard des autres sur eux…

De nombreux facteurs entrent en ligne de compte pour que la riposte verbale fasse mouche. Je pense que se préparer, en amont, sur ce qui pourrait arriver et sur ce que votre enfant pourrait faire, est un plus.

4/ Demandez le document "6 Précautions à prendre pour éviter le harcèlement scolaire"

Si vous cliquezICI et indiquez votre adresse mail préférée, je vous envoie le document désigné ci-dessus. Ce dernier vous aidera à accompagner votre enfant pour éviter la mise en place d'une situation de harcèlement entre pairs.

L'utilisation optimum de ce document concerne les jeunes qui n'ont pas encore subi de difficultés en lien avec le harcèlement scolaire car lorsqu'un enfant a déjà été blessé par les conséquences négatives de ce dernier, comme c'est le cas dans votre situation, il sera un peu plus délicat de lui parler de ces précautions à prendre car il pourrait avoir tendance à se sentir coupable de ce qu'il a vécu.

Même si les cibles de ces actes de harcèlement ne sont bien évidemment en rien fautives de ce qui leur arrive, elles ont tout de même une responsabilité et celle-ci est loin d'être évidente à accueillir... Néanmoins, même si cet accueil est désagréable, il est aussi très salutaire car si j'ai une responsabilité, cela signifie aussi que j'ai un pouvoir et que je ne suis pas complètement impuissant(e) face à la situation.

Les 6 précautions mentionnées dans ce document sont très importantes car ce n’est pas parce que vous changez votre enfant d’établissement que tout va se résoudre comme par magie. Des prises de conscience sont à faire, des attitudes et comportements différents sont à adopter.

Avec de la patience et de la constance, les choses se mettent naturellement en place et ce n’est pas parce qu’on a vécu le harcèlement une ou même plusieurs fois que nous le subirons toujours.

J’ai dû retirer à deux reprises mon fils du système scolaire. La deuxième fois, je l’avais aussi changé d’établissement mais le travail de fond n’avait pas encore été fait et la situation de harcèlement s’est donc répétée. Aujourd'hui, cela fait plusieurs années que tout se passe bien pour lui.Le harcèlement n’est pas une fatalité !

5/ Dès la rentrée, prenez rendez-vous avec l’enseignant ou le professeur principal et le cpe de votre enfant pour lui expliquer la situation

Attirez l’attention des personnes qui oeuvrent au sein du nouvel établissement de votre enfant sur sa situation afin qu’ils ne soient pas étonnés par certains comportements et/ou qu’ils puissent agir rapidement en cas de difficulté.

Je vous conseille de ne pas partir du principe que s'il devait y avoir des problèmes, cet établissement prendrait attache avec vous car parfois, l'établissement ne voit pas tout de suite ce qui se passe et parfois encore, même s'il voit, ce n'est pas pour cela qu'il agira automatiquement.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que ce nouvel établissement ne sera pas attentif et n'agira pas en constatant certaines choses. Si c'est le cas, tant mieux. Néanmoins, si ce ne devait pas être le cas, votre positionnement montrera déjà à l'équipe éducative que vous êtes bien présent(e) pour votre enfant, qu'ils peuvent échanger avec vous et vous gagnerez du temps pour ne pas laisser certaines choses, et donc conséquences négatives, s'installer.

Pour cela, ATTENTION à vos émotions de parents. Vous n’avez peut-être pas été entendu(e) et/ou écouté(e) dans le précédent établissement de votre enfant et vous êtes remonté(e) à bloc mais le nouveau personnel n’est en rien responsable de tout cela. Même si ce n’est pas évident, efforcez-vous d’être le plus aimable possible. Votre enfant est entre ces 2 mondes : votre famille et son école. Il est important de faire avec comme l’établissement devra également faire avec vous !

Le harcèlement scolaire est un phénomène complexe qui implique plusieurs leviers d’actions pour en venir à bout. Tout le monde sait que l’union fait la force, non ? Alors, oeuvrez de concert avec le personnel enseignant, administratif, le périscolaire…

6/ Enclenchez le "mode furtif" pour rester à l’écoute de votre enfant

Tout le monde est très occupé mais instaurez des activités communes avec votre enfant afin de passer un temps de qualité en sa compagnie.

ATTENTION, je parle de temps de qualité donc un temps où vous êtes disponible pour lui et où vous ne pensez pas à votre dossier, vos courses, votre cousin qui vient manger dimanche mais où vous êtes totalement là pour lui. Ce temps de qualité n’a pas besoin de durer 3 heures pour produire l’effet escompté, à savoir nourrir le lien qui vous unit à votre enfant.

Vous pouvez même y rattacher des tâches « utiles » comme du nettoyage ou du rangement où vous ne serez que tous les deux. MAIS ATTENTION, le but premier de ce moment sera de renforcer votre complicité et non d’avoir complètement rangé le garage ! Si vous l’obtenez en plus, génial. Mais si, dès le début de la séance "rangement", votre enfant semble vouloir vous parler, stopper tout et surtout, écoutez-le et montrez-lui que vous serez toujours là pour lui.

Nourrir ce lien est l’élément qui vous permettra de déceler plus rapidement quand quelque chose ne va pas chez votre enfant : une mimique inhabituelle, une réaction étrange... Et c’est aussi cela qui aura pour conséquence de favoriser ses confidences. Alors, ce n’est vraiment pas du temps de perdu car déjà, ils grandissent tellement vite qu’on ne voit pas le temps passer et qu’il est important de saisir chaque occasion de passer du temps avec eux et ensuite, c’est ce temps investi qui renforcera votre relation et facilitera le fait d’être rapidement au courant de certaines choses et donc d’agir dans les meilleurs délais pour les stopper !

Voici énoncés les 6 points qui me semblaient important par rapport à la problématique exposée dans le titre de cet article. J'espère qu'ils vous aideront si vous vous trouvez dans cette situation. Si vous voyez d'autres choses importantes ou avez envie de réagir à ce qui a été dit, laissez un commentaire en ce sens.

Belle rentrée à toutes et à tous et souvenez-vous : le harcèlement scolaire n'est pas une fatalité !

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